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Culture Organisationnelle
20 février 20257 min de lecture

La culture d’entreprise : ce que la métaphore de l’arbre révèle vraiment

Edgar Schein a passé sa carrière à démontrer que la culture organisationnelle est bien plus profonde, et bien plus puissante, que les valeurs affichées dans les couloirs.

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Edgar Schein (1928–2023) a consacré sa vie de chercheur à une question apparemment simple : pourquoi est-il si difficile de changer une organisation ? Sa réponse tient en une formule qui est devenue une référence mondiale en sciences du management : « La culture organisationnelle est l’ensemble des hypothèses fondamentales qu’un groupe invente, découvre ou développe pour faire face à ses problèmes d’adaptation externe et d’intégration interne. »

Cette définition est importante parce qu’elle recentre la culture non sur les valeurs déclarées, celles que l’on affiche sur les murs des open-spaces, mais sur les schémas de pensée et de comportement que le groupe a développés au fil du temps pour résoudre ses problèmes réels. Ces hypothèses sont souvent inconscientes, implicites, et considérées comme « allant de soi » par les membres de l’organisation.

La métaphore de l’arbre : racines, tronc et feuillage

Pour rendre visibles ces différents niveaux de culture, une métaphore botanique s’avère particulièrement éclairante.

Les racines représentent les valeurs fondamentales, les principes invisibles mais essentiels qui structurent la vision du monde des fondateurs et des leaders historiques. Elles ne se voient pas depuis l’extérieur. Pourtant, c’est de là que tout vient.

Le tronc représente les normes, la manière dont les valeurs se traduisent en règles de comportement partagées. Que dit-on et que ne dit-on pas en réunion ? Comment gère-t-on les conflits ? Qu’est-ce qui est récompensé, et qu’est-ce qui est sanctionné, même implicitement ?

Les branches et le feuillage représentent les comportements observables et les stratégies, ce qui est visible de la culture au quotidien : les rituels, le langage, les artefacts, les process.

L’erreur la plus commune des programmes de transformation culturelle est de travailler uniquement sur le feuillage, les comportements visibles, sans toucher aux racines ni au tronc. On change les mots sans changer les croyances. Et les feuilles tombent à la première tempête.

« La culture organisationnelle est le ciment invisible qui unit les membres d’une entreprise. »

Edgar Schein

Le cas Orange : quand les valeurs affichées trahissent les pratiques réelles

L’affaire France Télécom, devenue Orange, reste l’un des cas d’école les plus douloureux de l’histoire du management français. Entre 2008 et 2010, trente-cinq salariés se sont donné la mort dans un contexte directement lié aux conditions de travail. Une crise qui a éclaboussé la gouvernance de l’entreprise jusqu’au niveau pénal.

Ce qui est frappant dans cette tragédie, c’est le gouffre entre les valeurs officiellement affichées par l’organisation, bien-être, performance, humanisme, et les pratiques managériales réelles : pression systématique au départ, déstabilisation délibérée, déni de la souffrance.

Schein avait identifié ce risque structurel. Lorsque les valeurs déclarées divergent durablement des comportements managériaux observables, la culture réelle de l’organisation n’est pas celle qui est affichée. Et c’est la culture réelle qui gouverne les comportements, les émotions et la santé des collaborateurs.

La leçon pour les dirigeants est directe : la crédibilité culturelle d’une organisation se mesure à l’alignement entre ce qu’elle dit et ce qu’elle fait. Chaque décision managériale est un signal culturel, bien plus puissant que n’importe quel discours sur les valeurs.

La culture comme levier stratégique : à quelles conditions ?

La culture n’est pas qu’un facteur de risque. Schein et des décennies de recherche en management stratégique convergent : les organisations qui développent une culture forte et cohérente, c’est-à-dire alignée avec leur stratégie et leurs pratiques, surperforment durablement leurs concurrents.

Mais pour que la culture devienne un levier stratégique réel, trois conditions sont nécessaires.

Premièrement, le dirigeant doit être le premier porteur de la culture. Non par des discours, mais par ses comportements quotidiens, ses décisions, la manière dont il traite les erreurs, dont il gère les conflits, dont il incarne ou trahit les valeurs qu’il proclame.

Deuxièmement, la culture doit être diagnostiquée avant d’être transformée. Utiliser des outils comme le modèle 7S de McKinsey, qui place les shared values au centre de l’analyse organisationnelle, permet de cartographier les cohérences et les désalignements culturels avec rigueur.

Troisièmement, la transformation culturelle est un processus long, non une initiative ponctuelle. Les hypothèses fondamentales dont parle Schein ont souvent plusieurs décennies d’ancienneté. Les modifier suppose de la patience, de la cohérence et une conviction inébranlable de la part de l’équipe dirigeante.

YT

Yannick Touchard

Fondateur humanistes · Executive Coach HEC · Ingénieur INSA

Yannick accompagne les dirigeants et les CODIR dans leurs transformations culturelles et managériales. Chercheur associé et enseignant, il ancre ses interventions dans la science du comportement organisationnel pour produire des résultats durables.

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